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L'avenir de la Gériatrie - interview du Professeur Thierry Dantoine

Posté le 31 January 2016 dans Le coin des experts

Interview du Professeur Thierry Dantoine,

Chef du Service de Médecine interne gériatrique au CHU de Limoges, Vice-Président du Centre National de Référence « Santé à domicile et autonomie »

Indépendance Royale : Professeur, quel est l’avenir de la Gériatrie ?

Professeur Dantoine : L’évolution majeure, déjà en cours, sera le passage d’une Gériatrie compensatrice des pertes d’autonomie et de la dépendance à une Gériatrie préventive. Les nouvelles technologies comme  les objets connectés permettront d’anticiper les problèmes de santé. Les patients disposeront de vrais outils de prise en main de leur autonomie : surveillance des maladies chroniques, compréhension et bon usage des médicaments, incitation à activité et à la prévention.

Indépendance Royale : pouvez-vous donner quelques exemples ?

Professeur Dantoine : Prenons le cas des maladies respiratoires, comme la bronchite chronique du sujet âgé. Des spray connectés permettront de connaître la quantité prise, les oublis, et d’adapter la dose au cas par cas. Autre exemple, le diabète. Un prélèvement sanguin réalisé par un glucomètre de surveillance sera introduit dans un module à domicile. En associant d’autres données, comme le repas pris et l’activité physique mesurée par le smartphone, la dose d’insuline des antis diabétiques oraux sera adaptée afin d’éviter l’hypo et l’hyper glycémie.

Indépendance Royale : quel sera le rôle du médecin ?

Professeur Dantoine : Le médecin pourra apporter son expertise  au bon moment grâce au croisement de paramètres multiples, comme les évolutions de la pression artérielle, du pouls, du poids, de la saturation en oxygène, pour détecter les insuffisances cardiaques, rénales, respiratoires. Dans les situations normales, le patient bénéficiera de conseils automatisés ; le médecin interviendra si les normes sont dépassées.

Deux grands chantiers sont en cours, celui de la mise au point de capteurs, par exemple pour la déshydratation, et celui des algorithmes de traitement de l’information, le Big data.

Indépendance Royale : la Gériatrie est-elle bien adaptée à ces évolutions ?

Professeur Dantoine : Oui, c’est une médecine globale. La transition démographique du vieillissement s’accompagne d’une transition épidémiologique. Autrefois, on mourait ou on guérissait de maladies aigues, souvent infectieuse ; ces maladies deviennent chroniques chez le sujet âgé. Tout ceci est bien adapté à la Gériatrie, qui a l’habitude des problématiques de santé associées comme les insuffisances multiples.

Lewis Lipsitz, d’HHarvard, a démontré que le vieillissement est une simplification de la complexité physiologique. Les systèmes vivants se développent par complexification de mécanismes qui se régulent mais  deviennent plus lents quand ils vieillissent. Or, ceci est réversible. Par exemple, la perte de sensibilité profonde de la voute plantaire, donc les risques de chute, peuvent être corrigées pas des vibreurs dans les chaussures qui resensibilisent l’arbre neurologique des nerfs des membres inférieurs.

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