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Anne Jouhet - la Compagnie des aidants

Posté le 17 February 2017 dans Le coin des experts

Indépendance Royale : Comment la Compagnie des aidants a-t-elle été créée ?

Anne Jouhet : Claudie Kulak, fondatrice de la Compagnie des Aidants, s’est retrouvée elle-même aidante en 2009. La difficulté de s’informer et l’absence d’une communauté d’entre-aide lui ont donné l’idée de créer une plate-forme web. C’est un facilitateur de liens, une sorte de hub des aidants, leur boite à outils, qui a plusieurs fonctions. On y trouve des réponses utiles : où aller chercher son dossier APA (aide aux personnes âgées) ? Qu’est-ce que le dossier PCH (prestation de compensation du handicap) ? Qu’est-ce que la tutelle ? Un espace réservé aux adhérents donne l’accès à l’annuaire des aidants et à l’annuaire des bénévoles, à l’accompagnement psychologique en ligne.

IR : Quelle est la particularité de vos annuaires ?

AJ : L’annuaire des aidants est une sorte de réseau social qui réunit 6700 familles connectées. Par exemple, vous vivez à Paris, votre mère vit à Poitiers, vous allez la voir le week-end, quand tous les organismes, CLIC, CCAS et autres sont fermés. Comment s’informer ? L’annuaire vous met en relation avec les aidants sur le territoire qui vous intéresse pour un échange de bonnes pratiques, de conseils et d’adresses : quel service à la personne mettre en place, quel service contacter pour le portage des repas, quel médecin se déplace à domicile le week-end, etc.

L’annuaire des bénévoles, lui, répertorie environ 500 personnes qui aident ponctuellement, apportent du pain, vont chercher des médicaments. On propose une nouvelle formule du bénévolat : quand on veut, quand on peut, à proximité de chez soi. Le bénévole s’inscrit, indique ses savoir-faire et les aidants le contactent en cas de besoin.

On a créé encore un autre espace de mise en relation, cette fois-ci pour un échange de matériel, fauteuils, lits médicalisés ou tablettes senior. C’est une sorte de bon coin des aidants qui permet de réduire le reste à charge des familles.

IR : Combien de personnes appartiennent à l’univers des aidants ?

AJ : Il y a 11 millions d’aidants en France, dont la moitié s’occupe des proches âgés. Un aidé peut avoir plusieurs aidants satellites autour de lui, chacun impliqué à sa façon : sa fille qui est le « chef d’orchestre », les petits enfants qui assurent le côté « nouvelles technologies » : « tiens, j’ai vu une nouvelle tablette, on pourrait l’offrir à mamie ». Les proches qui s’occupent de leurs aînés comptent 56 % de femmes, la moitié d’elles travaillent.

IR : C’est un vrai problème d’être aidant quand on travaille, n’est-ce pas ?

AJ : Justement, la thématique de la dernière journée nationale des aidants du 6 octobre était « Concilier la vie professionnelle et le rôle d’aidant », nous en sommes co-organisateurs. Les problèmes sont de nature différente, isolement, culpabilité, manque d’informations et de financement, mais tous convergent vers l’épuisement. Certaines femmes témoignent : elles prennent le train pour aller chez leurs parents vendredi après le travail, elles font les courses et le ménage, puis elles rentrent le dimanche soir totalement épuisées. Ces personnes prennent en moyenne 16 jours d’arrêt de plus que leurs collègues non-aidants. Heureusement, la loi ASV a apporté une réponse pour ces employés, qui peuvent désormais prendre un congé de« proche aidant » de 3 mois renouvelables.

IR : Quelle est la situation ailleurs en Europe ?

AJ : On fait partie d’Eurocarers, un collectif européen des associations des aidants, qui a un projet de créer une plate-forme vidéo de formation pour les aidants : les bons gestes à avoir, comment déplacer la personne etc. Le contenu sera en plusieurs langues.

Globalement, les autres pays européens sont plus en avance que la France. Par exemple, en Allemagne on a mis en place la fonction d’aidant-ressource dans les entreprises ; c’est un employé, un tiers de confiance, qui accompagne les employés-aidants quelques heures par mois.

En revanche, le réseau social comme le nôtre n’existe nulle part ailleurs, d’ailleurs l’Angleterre est très intéressée par notre projet ! www.lacompagniedesaidants.org

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